01/12/2005

Interview de Th.Péala

 

Jazz Al’Trappe

 

Interview de Thierry Péala et Bruno Angelini.

Concert du New Edge Trio au Centre culturel de Ans-Alleur le 07/10/05(Liège-Belgique)

 

 

-Peux-tu nous parler de ton évolution musicale entre ton premier CD et le nouveau qui va sortir bientôt…

Le style de chant a fort évolué…Nous l’avons vérifié hier soir avec un concert très émouvant…

 

 

Th. Péala :

-Dans le premier CD Inner traces, c’était une aventure autour des thèmes et de la musique du  trompettiste canadien Kenny Wheeler … toute la thématique était autour de sa musique qui possède une forte thématique mélodique et harmonique mais dans des formes entre guillemets plus classiques !

J’insiste entre guillemets…

 

Le projet actuel est la réunion de 2 univers, celui de Bruno Angelini et celui de Sylvain Beuf

Ils sont tous les deux compositeurs…

Sylvain m’avait déjà engagé dans son projet « Octovoise », et j’avais envie de réunir ces deux musiciens pour ce projet « New Edge Trio ».

La parolière Gill Gladstone a écrit les textes des deux projets, finalement il y a une continuité dans l’esprit mais il y a, en effet, une évolution…

Déjà le fait qu’il n’y a pas de basse ni de batterie, un espace se libère pour explorer des choses nouvelles…

 

 

-J’ai entendu hier soir un pianiste à son piano, un sax et un  flûtiste aussi à leurs instruments puis j’ai entendu un chanteur mais aussi un bassiste, un batteur…         

Explique-nous un peu comment tu es arrivé à cet habileté vocale… Comme si la voix était plusieurs instruments…

 

Th. Péala :

 

-Alors là très simplement…C’est quelque chose que je fais depuis l’enfance, quand j’étais gamin j’aimais bien m’inventer des harmonies dans la tête, je faisais des percussions avec la bouche…  c’est quelque chose que j’exploite encore peu sur les CD, mais dans le futur je compte bien développer cet aspect-là…

La voix évolue avec les années, j’ai un registre un peu plus grave, je m’amuse un peu avec ça…

Bruno aussi, comme il n’y a pas de bassiste, joue un rôle important sans pour autant imiter la contrebasse.

 

 

-Oui, Bruno, dans ton jeu, tu joues de façon assez complète la mélodie d’un côté et beaucoup l’accompagnement de l’autre, avec une grande sensibilité et pas seulement de la virtuosité, tu rends autant le sentiment de la note  que la valeur de la note, cela va au-delà des phrasés habituels, il y a comme des résonances de musique contemporaine, des suspensions… parle-nous de ta formation ?

 

Bruno Angelini :

 

En fait,  je n’ai pas poussé le piano au sens classique de ce côté-là, par contre j’en écoute beaucoup, de la musique du XXème siècle, européenne et américaine.

Sinon, je pense qu’en tant que pianiste, on a souvent tendance à « tartiner » car l’instrument s’y prête,  moi j’essaie de jouer davantage sur les résonances, les silences, les contrastes, les dynamiques. Tout en m’appuyant sur la tradition des pianistes de jazz que j’adore, vous n’allez pas retrouver chez moi ces phrasés ou pas seulement. J’ai effectivement beaucoup développé ma main gauche pour trouver des solutions quant au soutien de l’orchestre, notamment du côté de la suggestion : quand on répète une cellule, elle rentre dans l’oreille de l’auditeur, alors on peut la lâcher pour faire autre chose, dans l’aigu, la lâcher pas trop longtemps non plus, de telle sorte qu’on ait l’impression que plusieurs plans sont développés dans l’écoute…revenir au bon moment pour soutenir l’orchestre, eux aussi parfois jouent dans les graves, cela me permet de remonter etc.

 

-Parlons un peu de votre nouveau CD qui va sortir bientôt…

 

Th. Péala :

 

-Oui, cela s’appelle « New Edge Trio » donc à ne pas confondre avec « New Age » bien sûr…Edge signifie « rive », « frontière », c’était pour passer ailleurs tout en gardant un lien avec ce qu’on faisait avant, un lien poétique. Il y a de très beaux thèmes de Bruno et aussi de Sylvain, donc cela nous amène vraiment ailleurs…

 

-A propos d’ « ailleurs » il y a des résonances d’ailleurs aussi dans ce que tu fais, Thierry, quelquefois je crois entendre même un tabla hindou dans ta voix…

 

-Oui, parfois j’ai des espèces de réminiscences comme ça…

 

-Au fond quelles sont tes premières impressions d’enfance par rapport à la musique ?

 

Dans ma famille on chantait beaucoup… surtout de la chanson française, Brassens notamment ; ma mère écoutait beaucoup de Negro Spirituals quand elle était enceinte, elle avait un seul disque qui passait en boucle…ça me fait quelque chose quand j’entends ce disque ; et plus tard aussi mon père est arrivé avec un disque vinyle de démonstration de la stéréo dans lequel il y avait des big bands  avec les trompettes d’un côté, les sax de l’autre, tout de suite j’ai adoré ça, dès qu’il y avait des miettes de jazz à la radio je me jetais dessus,

J’ai aimé ça tout de suite. Chez moi on écoutait plutôt du classique, mais moi le jazz m’a plu tout de suite, et puis mon grand-père est revenu d' Amérique du Sud avec des disques inconnus de nous en France, bref comme un moineau je me nourrissais de miettes de jazz.

 

-Et toi, Bruno, comment es-tu venu au piano ?

 

-C’est venu de mes parents au départ, ma mère n’avait pas pu en faire et donc elle s’est dit « on va mettre Bruno au piano », elle ne m’a pas laissé le choix ; mon père, lui, aimait beaucoup le jazz, dansait le bop, donc à la maison il y avait quelques disques de jazz ; ensuite c’est moi qui ai ramené mon père au jazz car il avait tellement de travail qu’il s’en était un peu éloigné…suite à une écoute d’un disque de Mingus en sa compagnie, j’ai été trouver mon prof de piano en disant que je voulais improviser. Mon prof a dit que le jazz c’était du bruit, alors j’ai un peu débranché et joué autre chose; heureusement un peu plus tard, le cousin de ma mère, qui pratiquait le jazz, m’a proposé, lors d’une fête familiale, d’improviser au départ d’une grille en do, ça a été le déclic, j’avais 15-16 ans.

 

-Parlons un peu du futur…

 

Th. Péala :

 

-Si tout va bien il y a ce Cd qui devrait sortir en mars… et puis on va essayer de revenir vous voir…on va jouer avec ce trio autour de ce cd ; je voudrais qu’on tourne en Europe, notamment dans le Nord où notre musique est bien reçue ; plus on monte vers le Nord, plus c’est le cas (rire !!)…

 

Pour rappel donc l’album déjà sorti s’intitule « Inner Traces », « A Kenny Wheeler Songbook » publié chez Naïve en 2000. (Sur le site, nous donnerons les noms des musiciens)

 

Le Cd de Bruno Angelini « Empreintes » paru chez Sketch (2003)

Bruno Angelini Piano

Riccardo Del Fra Contrebasse

Ichiro Onde Batterie

 

 

Formation Octovoice de Sylvain Beuf .

 CD paru chez « Naïve »

 

 Sylvain Beuf (saxophone)

Emmanuel Bex (orgue), Louis Moulin (batterie), et les cinq voix, qui se déclinent en cinq tessitures : Laurence Saltiel (sorpano), Laura Littardi (alto), Brigitte Jacquot (mezzo), Thierry Péala (ténor), et Vincent Puech (basse).


Propos recueillis par Jean Mallamaci et Lucien Gryglewicz.





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