01/12/2005

L'Âme des Poètes

 

Petit billet de (bonne) humeur à propos du concert « L’Ame des poètes »

 

Quand on a l’amour de la chanson française

 

« L’Ame des poètes » est ce trio jazz qui interprète des chansons françaises à la façon des standards américains.

Vendredi 2 décembre à Ans, le trio, très en forme, a livré une bonne douzaine de chansons, entrecoupées de nombreuses plaisanteries et calembours du contrebassiste Jean-Louis Rassinfosse.

Sur le plan musical, ces trois-là (Pierre Vaïana au sax ténor et Fabien Degryse à la guitare, outre celui déjà cité) sont on ne peut plus à l’aise sur scène.

 

Personnellement j’ai préféré la première partie, plus surprenante peut-être, entre rire et émotion. Mais il y a eu aussi de très beaux moments dans la seconde. Disons que parfois c’est un peu difficile de redémarrer après l’entracte, surtout par un pot-pourri, genre qui n’est pas ma tasse de thé (tous les goûts ne sont pas dans ma nature, comme disait à peu de choses près Jacques Dutronc, dont le trio a rappelé qu’il avait en tout cas le goût des filles). Mais on boit la suite avec délices.

 

La chanson française est, pour ces musiciens, un vaste et presque infini réservoir de mélodies, de rythmes et d’atmosphères où puiser l’inspiration de soli merveilleux dans différents genres… D’une part les chansons sont quelquefois prises à contre-pied : « Les filles de Camaret » devient presque un morceau romantique, tandis que « Céline », chanson plutôt mélo, est interprétée de façon « élisabéthaine » légèrement distanciée. D’autre part, au cours d’une même chanson, on passe par différents styles, ainsi, par exemple, dans « Madeleine » de J.Brel  on commence par le western  pour continuer en manouche et finir en be-bop. Il y a aussi de nombreuses citations d’autres chansons que celle dans laquelle on est (La Brabançonne « Valeureux Liégeois" entre autres)...

 

Ces chansons françaises ne sont pas qu’un prétexte à improvisation.

Du fait d’être jouées instrumentalement (pas comme Maxime ou Renaud interprétant Brassens, par exemple), elles réveillent notre mémoire et nos souvenirs, car nous connaissons tous au moins des bribes de ces « standards », donc nous recréons même sans le vouloir les paroles, ou quelquefois nous oublions dans quelle chanson nous nous trouvons, pour partir en imagination ailleurs, donc forcément plus loin que Camaret, ou bien, par exemple, nous réalisons que la mélodie du

«  zizi » de P.Perret  est vachement bien foutue (j’ai bien dit la mélodie). Je regrettais cependant l’absence de l’une ou l’autre chanson plus « moderne » comme une de Bashung ou de Murat, par exemple, sans parler des auteurs-compositeurs plus jeunes… mais on ne peut pas tout avoir.

 

Je ne parlerai pas des trois merveilleux interprètes car la presse regorge déjà d’éloges à leur sujet. Je dirai juste que Pierre Vaïana a entre autres dons, celui d’imiter le rire avec son sax, que Fabien Degryse devient de plus en plus beau (et bon) en vieillissant et ce n’est pas que moi qui le dis, et que j’ignorais que Rassinfosse fut (de scène) aussi désopilant tant dans ses jeux de mots que, par moments, dans son jeu de mains (loin d’être vilain, est-il besoin de le rappeler) ; comme disait Arno (qui, lui aussi, reprend des standards) : « Vive ma liberté ! » Libres ils sont, d’expression, de mouvements et de tout ce qu’on voudra !

 

Ils ont pratiqué avec un art consommé le « détournement de majeurs » que nous avons oublié d’être, grâce à eux, pendant quelques instants.

Et, Madame, retomber en enfance, ça fait parfois du bien !

 

                  Véronique Willemaers

 

                 Le 6 décembre, jour de la Saint-Nicolas




10:37 Écrit par JAZZ AL'TRAPPE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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