01/12/2005

L'Âme des Poètes


 
 
L'Âme des Poètes au CC de Ans le 2 décembre 2005
 

 

Je dois bien l'avouer, la musique de L'Âme des Poètes - sur disque - ne provoque pas chez moi la même réaction que lorsque je pense à Fernande.

Il faut dire que j'ai souvent un peu de mal à entendre des chansons françaises ou de pop anglaise adaptées en jazz.
J'ai mis longtemps avant d'apprécier les tubes de Radiohead interprétés par Mehldau par exemple. De même, j'ai beaucoup de mal avec le projet "Jazz Me Do" de Phil Abraham...
Que voulez-vous, c'est épidermique.
Et pourtant, dans ces deux cas, ce sont d'excellents musiciens, il faut bien le dire...

Excellents musiciens, c'est le cas aussi du trio qui se produisait ce vendredi soir au CC Ans, puisqu'il ne s'agit rien de moins que de Jean-Louis Rassinfosse, contrebassiste qu'on ne présente plus, Pierre Vaiana, fabuleux soprano et Fabien Degryse à la guitare - que je voyais pour la première fois sur scène.

Je dois dire qu'en "live", L'Âme des Poètes vaut la peine d'être vu.
Et entendu.

Après avoir fait grincer la scène et vidé bruyament ses poches, Rassinfosse présente le groupe à force de jeux de mots, de clins d'oeil et de blagues bon enfant.
Cap sur la bonne humeur, donc....

On commence avec "Quand on n'a que l'amour". Puis vient un très étonnant et très intéressant "Brave Margot" de Brassens traité à la façon "manouche".
Là, mon septicisme de départ s'estompe déjà un peu.
Surtout quand Pierre Vaiana s'empare de quelques belles impros. Rassinfosse en profitant pour placer quelques "citations" comme "Sing Sing" de Nougaro par exemple.

Une pointe d'inquiétude renaît lorsque Jean-Louis annonce "Les filles de Camaret"...
Eh bien, le trio prendra tout le monde à contre-pieds en proposant une relecture façon balade classique. Très beau moment. Bluffant!
Fabien Degryse montrera une dextérité, une souplesse et une céativité de jeu époustoufflante.
On retrouvera encorre la même brillance de son jeu sur "Madeleine" traité ici en "folk-country", la jouant "à la Marcel Dadi".

Rassinfosse aussi fait ce qu'il veut avec sa contrebasse. Il joue, improvise, cite comme il parle: une idée en amenant une autre. Toujours avec humour.

"Jaime les filles de mon pays", contraction d'une chanson de Dutronc et de Macias - je vous laisse deviner lesquelles - est aussi un petit bijou d'ingéniosité.
En jouant le thème "J'aime les filles" à l'orientale et "Enfants de tous pays" très "jazz", ce morceau prend une toute autre dimension. Un bel exercice de style sur lequel Pierre Vaiana déposera encore quelques soli de haute volée.

Retravaillé, présenté et surtout interprété de cette façon, aucune chanson ne résiste.
Même pas "Marina" de Rocco Granata.
Encore moins le "Nokia Tune" ( le public devant allumer son GSM et faire claironner sa sonnerie ! ) pour introduire "Le téléphon" de Nino Ferrer.
Ni "Félicie".

Et quand en rappel, Vaiana - très Sydney Bechet - joue "Que reste-il de nos amours?", on est sous le charme.

J'avais déjà revu ma méfiance à la baisse par rapport aux chansons "jazzifiées" lorsque j'avais vu en concert le trio deMatthieu Donarier qui reprennait lui aussi des chansons de Brassens. Avec une réappropriation très libre. Voire parfois méconnaissable. C'était vraiment très fort.

Ici, "L'Âme des Poètes" est sans doute plus respectueux des thèmes mais il ne se fait pas prier pour les démonter en tous sens. Et c'est ça qui est excitant...
un peu comme quand je pense à Fernande.


Un lien: L'Âme des Poètes

Jacques Prouvost
 
Lien de l'article :
http://jazzques.skynetblogs.be





10:32 Écrit par JAZZ AL'TRAPPE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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